Les bases d’une laïcité ouverte

, par  Florence , popularité : 68%

Dès la fondation de Graines de philo (en 2014), il a paru utile d’ouvrir un chantier de réflexion sur la laïcité. Elle semble en effet être allée de soi pendant des décennies, mais elle est, de fait, devenue source de beaucoup de confusions et malentendus. Il paraît ici utile de rappeler ses trois axiomes :
1-personne n’est tenu d’avoir une religion plutôt qu’une autre
2-personne n’est tenu d’avoir une religion plutôt qu’aucune
3-personne n’est tenu de n’avoir aucune religion.

Il s’agit de viser une laïcité apaisante plutôt que clivante, en rappelant que l’obligation de neutralité s’applique aux agents de l’État, et non à l’ensemble de la population. De nombreux croyants — et en particulier les jeunes — se représentent la laïcité comme punitive, en raison de ce qu’ils vivent comme une interdiction de parler de leurs croyances et pratiques dans les établissements scolaires et autres lieux publics qu’ils fréquentent... La loi de 2004 énonce que "dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit" ; des signes discrets sont autorisés, et la loi n’oblige pas les élèves à se taire...!

De fait (comme le soulignait Eric Debarbieux lors de la 2ème journée du CAPE le samedi 16 janvier 2016 à Lille 3 — enregistrement disponible dans la rubrique des sites favoris), les jeunes arrivent à l’école avec leurs croyances : n’est-ce pas mieux qu’ils soient amenés à en parler ? Le rejet vient de la peur de l’autre : habituer les jeunes à connaître les civilisations et religions est une occasion pour en parler.

Dans ma pratique d’ateliers philo avec les enfants, j’ai eu l’occasion de découvrir comme il est fructueux de viser la curiosité et l’ouverture aux pratiques et croyances de l’autre (et j’en remercie tout particulièrement l’enseignante Caroline Lepelley, en CE2 à l’école Paul Fort) : apaisement des tensions entre élèves, dépassement des préjugés, réunification du collectif.

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Pour aller plus loin :

- Il est possible d’approfondir le sujet en consultant les actes du colloque du 6 juin 2015, organisé par le lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, dans le menu des sites favoris : Anthropologiepourtous
Avec pour fil directeur l’idée qu’aborder les mythes (c’est-à-dire les manières dont l’humanité se représente et explique le monde et la condition humaine) est le meilleur moyen de rendre effectif un enseignement laïc des cultures.
Les trois quarts de l’humanité sont polythéistes : enseigner « le fait religieux » à partir des trois monothéismes est extrêmement réducteur.

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- La laïcité serait une « exception française » ? En réalité, dans la loi de 1905, on trouve beaucoup d’influences étrangères... Il y aurait une « laïcité à la française » ?
Si on essentialise la laïcité, sans avoir à l’esprit les conditions historiques de son émergence, alors la réaction des populations à qui on « l’adresse » est opposante, et l’on obtient un résultat inverse à celui qui est escompté...
Jean Baubérot, fondateur de la sociologie de la laïcité, titulaire de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’EHESS, dénombre sept conceptions différentes de « la » laïcité en France (antireligieuse, gallicane, séparatiste en 1905, séparatiste aujourd’hui, ouverte, identitaire, concordataire) ; conceptions qui articulent les quatre éléments suivants : liberté de conscience, égalité des droits, séparation des pouvoirs, neutralité de l’État.

Enregistrement sonore de la rencontre Citéphilo du 11 novembre 2015, « les sept laïcités françaises », avec Jean Baubérot et Alain Lhomme (modérateur) ici (2 h) :

https://soundcloud.com/citephilo/les-sept-laicites-francaisesmp3?in=citephilo/sets/comprendre-janvier-2015

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